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Archives - 1999
Visite d'Etat du Président de la
République populaire de Chine Jiang Zemin
La Liberté du 27 mars
1999
Roger de Diesbach
Reproduit ici avec l'aimable autorisation du journal
La
Liberté que nous remercions.
Visite chinoise
D'accord avec vous, Monsieur le Président Jiang
Zemin, mais..
Vous avez raison, Monsieur le Président Jiang
Zemin, tout ça n'est pas sérieux. Pas
du tout. Jeudi, la Suisse désirait vous rendre
les honneurs, à vous qui représentez plus
d'un milliard de Chinois. Elle avait déroulé
son tapis rouge, mis sa meilleure troupe au garde-à-vous,
convoqué sa fanfare la plus méritante.
Et soudain, voilà que quelques dizaines d'hurluberlus
vocifèrent des insultes à votre égard;
qu'ils hurlent leur soutien à la cause tibétaine
ou aux dissidents qui croupissent dans vos prisons.
Leurs sifflets et quolibets couvrent les marches militaires,
vous obligent à ignorer la réception officielle
et à vous réfugier dans le Palais fédéral.
La Suisse vous a fait perdre la face. Devant cette humiliation,
nous comprenons votre grande colère contre Koller.
Bien sûr, si la place Fédérale eût
été T'ien an Men, on aurait pu contenir
ce wagon d'excités à bonne distance, de
manière à vous rendre les honneurs en
toute dignité. Et encore! Une écrasante
majorité des gens de ce petit pays est acquise
aux droits de l'homme qui trouvent même des partisans
dans notre police. Alors, on voit mal qui aurait pu
contenir qui; qui aurait pu museler qui. Et puis, justement,
la place Fédérale n'est pas T'ien an Men.
Elle est toute petite, comme la Suisse, et le moindre
sifflet s'y entend.
Et ces manifestants sur les toits, à une portée
de fusil de la porte du Palais fédéral!
De quoi donner la chair de poule à vos gorilles.
Ce n'est pas sérieux non plus, d'accord! L'ennui,
c'est que, dans ce pays où la présidente
Ruth Dreifuss prend l'autobus tous les matins et va
le soir au cinéma, le sens de la sécurité
se perd. Avec la mort du Réduit national, du
hérisson helvétique, du Bélier
jurassien et de la police politique, la Suisse n'est
plus ce qu'elle était. Elle est tellement plus
libre mais moins sûre, c'est certain. Moins un
pays brime, moins il connaît de révoltes.
Il finit pas en perdre ses moyens de répression.
Parlons-en de Ruth Dreifuss qui, dans son discours,
symbolise ce côté «donneur de leçons»
tellement suisse. Exaspérant que ce petit Etat
de moins de 7 millions d'habitants qui prétend
faire la morale à votre pays-continent! Là
encore, nous sommes d'accord! Mais, au lieu de vous
énerver, vous auriez pu lui parler de l'or du
monde camouflé dans les coffres suisses, du profit
que la Suisse a tiré des guerres et de l'apartheid.
Ruth Dreifuss vous aurait sans doute répondu.
Dans ce pays un peu maso, les subversifs, on ne les
jette plus en prison, on crée des commissions
d'enquête ou d'historiens pour leur répondre.
Pardonnez-moi, Monsieur le Président, mais j'aime
l'idée que vous, le mandarin communiste le plus
puissant du monde, vous deviez venir en Suisse, ce symbole
vivant du capitalisme, pour vous heurter enfin au peuple,
ce peuple criard et dissonant qui, chez nous, ne sait
plus marcher au pas.
Et qui vous donne largement raison: cette démocratie
helvétique est devenue un peu «bordélique».
Mais c'est parce que nous sommes en pleine révolution
culturelle. Ce qui mérite bien votre pardon et
votre compréhension.
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