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10 ans du Centre d'études
et de documentation suisse à Beijing
Allocution de Madame Doris JAKUBEC
Membre du Conseil de Pro Helvetia, Fondation suisse
pour la culture
et Directrice du Centre de recherches sur les lettres
romandes
Madame la Présidente,
Madame Tang Xingying, Doyenne du Département
de français, et Monsieur Yuan Jianhua, Doyen
du Département d'allemand,
Chers amis des Départements de français
et d'allemand ainsi que des autres Départements
de l'Université des langues étrangères,
Monsieur l'Ambassadeur de Suisse,
Permettez-moi d'abord de vous remercier, au nom de
la Fondation Pro Helvetia que je représente ici,
de nous avoir invités à Pékin pour
célébrer le dixième anniversaire
du Centre d'études et de documentation suisse;
notre fête s'insère dans le cadre plus
vaste de l'anniversaire des 50 ans de relations diplomatiques
entre la Chine et la Suisse, marquée par la venue
il y a quelques semaines du Président de la Confédération
suisse, M. Adolf Ogi.
Je tiens à remercier également les collaboratrices
et collaborateurs du Centre d'études suisse de
leur accueil et de tout leur travail d'organisation
qui a rendu possible, non seulement cette journée
solennelle, mais aussi les autres cours et conférences
donnés à cette occasion. Ma reconnaissance
va plus particulièrement à Mme Chen Wei,
la directrice du Centre, ainsi qu'à ses collaboratrices
et collaborateurs, ses étudiantes et étudiants.
J'exprime ma plus vive gratitude à notre Ambassadeur,
M. Dominique Dreyer, ainsi qu'à ses collaboratrices
et collaborateurs de l'Ambassade; il a soutenu d'un
appui sûr l'organisation de nos séjours
et voyages, et nous donne de surcroît la possibilité
de terminer en beauté cette journée officielle
en nous offrant l'hospitalité pour la soirée.
Je vous remercie, vous tous qui êtes venus participer
à cette journée: enseignantes et enseignants,
étudiantes et étudiants, ainsi que tous
les amis suisses du Centre qui, pour des raisons professionnelles
ou personnelles, habitez Pékin.
*
Nous sommes réunis ici pour marquer avec solennité
le dixième anniversaire du Centre d'études
et de documentation suisse, et je suis particulièrement
chargée de vous apporter les vux de la
Fondation Pro Helvetia et de la Conférence des
recteurs des universités suisses et de souhaiter
que des relations aussi fructueuses qu'équilibrées
s'établissent entre nos deux pays, pour favoriser
des échanges intellectuels de haut niveau et
établir un véritable partenariat.
*
Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, a pour
tâche première de promouvoir et soutenir
la culture suisse à l'étranger et en Suisse
même, et ses différents départements
s'occupent des différentes branches des arts
et de la culture: les arts visuels, c'est-à-dire
la peinture, la sculpture, le film et l'architecture;
la musique; le théâtre et la danse; enfin
la littérature et les sciences humaines. Si Pro
Helvetia s'occupe principalement de la création
artistique contemporaine, soucieuse d'agir dans un présent
aussi précaire et imprévisible soit-il,
elle entend aussi soutenir les disciplines académiques,
universitaires, qui permettent à la réflexion
et au jugement critique de s'exercer sur l'art; c'est
pourquoi elle collabore notamment avec votre Université
et soutient activement le travail du Centre d'études
suisse.
La Fondation Pro Helvetia entend sa tâche, non
comme la promotion d'une pure entreprise nationale,
mais plutôt comme un encouragement à la
connaissance des langues et des arts, en Suisse même,
aussi bien que partout dans le monde; elle cherche à
susciter des dialogues entre les différentes
cultures du monde, ainsi que des échanges, si
possible, personnels; elle sait quel but ultime, largement
utopique, est cette connaissance plurielle des cultures
qui forment toutes ensemble la culture universelle ou,
en allemand, die Weltliteratur.
Au sein même de Pro Helvetia, il existe un département
Réseaux qui, comme son nom l'indique, s'occupe
de tous les dénominateurs communs qui lient les
arts entre eux et les cultures entre elles, et cherche
à construire des réseaux partout dans
le monde: entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest,
entre la Suisse et tous les coins du monde, et même,
cum grano salis, entre les différentes régions
de la Suisse elle-même; ainsi la Suisse, ce pays
petit à l'échelle du monde, peut-elle
tenter d'expliquer les différentes modalités
et les différents critères qui, depuis
des siècles, lui permettent cet équilibre
précaire qui est celui des pays plurilingues
et pluriculturels.
C'est, au sein du Département Réseaux,
que le Service des échanges, dont s'occupe notamment
M. Alexander Wenzel qui traite les projets concernant
le Centre suisse, travaille avec les collaboratrices
et collaborateurs du Centre, ainsi qu'avec Mme Chen
Wei; la Conférence des recteurs des universités
suisses participe à ces projets, en tant que
cosignataire de l'accord présidant à la
création du Centre d'études et de documentation
suisse. Son délégué, Rudolf Nägeli,
n'a malheureusement pas pu faire le voyage, ayant attrapé
la grippe qui sévit actuellement en Europe.
*
J'aimerais maintenant brièvement rappeler quelques
étapes qui ont marqué les années
d'activité du Centre d'études et de documentation
suisse.
Le Centre a été inauguré en octobre
1988, à la même saison qu'aujourd'hui,
saison merveilleuse de l'automne à Pékin.
Déjà avant cette création officielle,
des écrivains suisses, à l'invitation
de l'Association des écrivains chinois, étaient
venus à Pékin, préparant ainsi
le terrain, mettant en route les premiers échanges.
Maurice Chappaz, le poète valaisan, a consigné
dans son Journal les impressions vivaces de son séjour
en Chine, et j'aimerais en citer une toute petite partie,
pour vous faire sentir quelle est la manière
dont il s'est exprimé.
Pour marquer, au sceau du sérieux, le travail
du Centre, la première conférence donnée
par M. Max Frenkel, journaliste à la Neue Zürcher
Zeitung et directeur de la Fondation pour la collaboration
confédérale sur "Le fédéralisme
suisse".
Du côté de l'aventure, et non sans un
clin d'il à Blaise Cendrars, Pro Helvetia
s'est occupée de monter le Centre de documentation
en faisant venir de Suisse, par le transsibérien,
les premiers cartons de livres, les meubles de bureau,
les bibliothèques, une copieuse, et j'en passe.
Mais plus importants que les objets, surtout à
long terme, sont les échanges personnels, car
nous tenons à créer des liens amicaux
entre nos cultures; ces échanges ne se créent
pas tout seuls, ils exigent un effort, un travail, d'un
côté comme de l'autre: sortir de soi, pour
rencontrer l'autre exige disponibilité, tolérance,
ouverture. Le Centre de recherches sur les lettres romandes
que je dirige à l'Université de Lausanne
a eu l'occasion d'être en contact, bien avant
1988, avec des professeurs et des chercheurs chinois,
surtout autour de l'uvre de Ramuz, ainsi que de
différentes traductions, telles L'Or de Cendrars
ou La Fraise noire de Corinna Bille. Je ne vais pas
en énumérer la liste, mais évoquer
ma rencontre avec Mme Chen Wei, qui est venue à
Lausanne en 1995-1996 pour connaître les écrivains
romands, suivre mes cours sur la littérature
romande, découvrir la diversité de la
Suisse et tenter de voir clair dans ses surprises, ses
étonnements, l'opacité et le mystère
des livres, et notamment de l'histoire.
Elle a aimé lire la poésie romande et
commencé à Lausanne déjà
à traduire des écrivains romands: Le petit
village de Ramuz, Airs de Philippe Jaccottet, Odes brèves
de Sylviane Dupuis, Lieux communs de François
Debluë que vous entendrez tout à l'heure,
mais aussi Gustave Roud, Alexandre Voisard et Anne Perrier.
C'est donc un grand plaisir pour moi de voir Chen Wei
chez elle, avec ses étudiantes et ses étudiants.
C'est aussi un signe positif de ce que des échanges
culturels et scientifiques bien conduits peuvent apporter:
connaître des textes suisses traduits en chinois,
et pour nous regarder autrement, de loin, et à
partir d'une autre culture, nos propres textes. Pro
Helvetia, ainsi que la Conférence des recteurs
des universités suisses souhaitent voir les échanges
se poursuivre au cours des prochaines années,
que l'on sait décisives, à tous points
de vue, pas seulement en Chine et en Suisse, mais dans
le monde entier. Il faut donc que cette journée
commune nous permette de concrétiser nos échanges
et de voir bien clair dans les modalités de nos
relations. Encore un mot avant de conclure: en automne
1998, Ruth Schweibert, romancière alémanique,
et Sylviane Dupuis, poète romande, sont venues
ici à Pékin pour faire des lectures et
parler de l'écriture contemporaine en Suisse
romande comme en Suisse allemande. Elles ont aussi marqué
de leur présence fine et sensible l'anniversaire
que nous fêtons aujourd'hui de manière
solennelle.
Je vous remercie.
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