LES SYMBOLES DU JARDIN CHINOIS

L'eau

L'étendue d'eau est yin, la montagne est yang. L'étang est un miroir pour le Ciel dont il reçoit les influences fécondantes, qu'il diffuse. C'est aussi le miroir qui dissoud dans ses ondes les réalités tangibles pour les faire retourner à l'état informe. C'est encore le symbole de la mer des passions qu'il faut traverser au prix de tous les dangers pour aborder à la rive de l'île-montagne, le paradis de la réalisation.

Le ruisseau irrigue et ravive le jardin tel un être vivant, contribue à l'animer de ses frémissements. Ses brusques changements de direction secouent l'âme, encline à la facilité et à l'assoupissement. Le mouvement descendant et dynamique de la cascade complète l'aspect ascendant et statique de la montagne d'où elle s'écoule.

L'île

La mer était une zone mythique recelant des îles fabuleuses, refuge des immortels qui savaient distiller l'élixir d'immortalité. Elles flottaient, instables, c'est pourquoi le souverain du Ciel les fit arrimer sur le dos de tortues géantes. Un géant ayant dévoré six des quinze tortues, deux îles ont coulé, il en reste trois à surnager : Penglai, Yingzhou et Fenghu. Reproduire les îles, c'est leurrer les Immortels et les attirer, et découvrir les Immortels équivaut à réaliser en soi-même les qualités qui leur sont attribuées.

Les symboles de l'île et de la montagne sont analogues : ce sont des centres rayonnants, des portes d'accès à la demeure des divinités et des humains divinisés. L'île-montagne des jardins est le point de jonction des tendances cosmiques yin et yang, image de ce paradis si proche puisqu'il est en nous, mais qui n'est accessible qu'au prix de multiples épreuves, disparaissant souvent dans la brume.

La montagne

Une montagne s'élève au centre de la Terre carrée, quatre autres bordent les limites terrestres aux quatre points cardinaux, piliers reliant Ciel et Terre : ce sont les cinq montagnes sacrées. Les sommets montagneux, les tertres artificiels, les pierres dressées, les arbres, sont des axes qui permettent à la vie de descendre, de maintenir un lien ferme entre les pôles céleste et terrestre. La montagne est lieu de révélation, l'illumination, de dévoilement des vérités. Mais toutes les montagnes ne sont pas pourvues de qi, la hiérarchie des montagnes ne dépend ni de leur volume ni de leur hauteur ; il faut qu'elles soient vivantes. Cette vie se condense dans des " nœuds " où s'harmonisent le qi des montagnes et des eaux. 

La caverne

Pendant des millénaires les Chinois ont d'abord vu le Ciel comme l'intérieur d'une immense caverne dont les éléments détachés avaient formé les montagnes. Les trous, creux, cavernes, sont associés à l'idée de tertre creux ou à un sommet inversé. Les ermites taoïstes y élisaient volontiers domicile, associant les influences matricielles de la grotte à leur travail de transmutation alchimique interne.

La pierre

Concentré des énergies vitales en Chine, la pierre est image de la montagne, le trait d'union du Ciel et de la Terre. Elle garde dans sa texture les marques des énergies telluriques, en elle circule le souffle vital. Des très grandes pierres destinées aux cours des palais à la plus petite qui trouve sa place sur un guéridon ou dans un bol ornemental, elles se dressent tantôt solitaires, tantôt en groupes, amoncelées pour former une colline, ou tout simplement fichées à l'intérieur d'immenses vasques de granit. Pierres et rochers constituent l'ossature du jardin, qui serait inconcevable sans elles.

Les pierres de printemps sont plutôt claires et graciles, comme les jeunes pousses qui percent la terre, à la limite de la fragilité, elles sont placées de manière à ce que le soleil levant les éclaire.

La composition de l'été est une rocaille monumentale, de teinte claire, à dominante verticale, représentation de la montagne au bord d'un bassin. Ce paysage est prévu pour être vu de loin, en point fixe, et non en déplacement, et devient " image " de l'été lointain, à contempler au cœur de l'hiver ! On pénètre le site par d'étroites passes ombreuses et fraîches, rappelant les grottes, des lieux qu'il fait bon fréquenter en pleine chaleur d'été. Ces béances dans la roche signalent une frontière entre monde solaire et monde souterrain, monde des ombres inquiétantes ou apaisantes, jeux des reliefs internes.

A l'automne, moment des dernières exaltations, on recherche la lumière des sommets, la chaleur des derniers rayons. Les compositions d'automne sont à gravir en fin d'après-midi, elles sont situées de façon à recevoir le soleil de l'Ouest. Les sommets sont arasés, les pierres sont choisies pour leurs formes anguleuses, la partie supérieure presque horizontale.

Les roches de l'hiver se détachent systématiquement sur le fonds d'un mur blanc assez rapproché ou alors, bordant le coin d'un patio, elles semblent surgir du vide lui-même. Les compositions de l'hiver sont orientées de façon à représenter l'ubac de la montagne, ce versant qui ne reçoit jamais le soleil ; elles sont plutôt discrètes, de formes molles et alanguies.

Les pierres ont un aspect, une forme, une couleur, une tête, des pieds, une poitrine et un dos, une base carrée ou circulaire, un sommet conique, pyramidal, tronconique, pointu ou émoussé. Il y a les pierres des montagnes, des plaines, des rivières, les pierres " locales " et les " voyageuses ". Le catalogue des pierres de la forêt des nuages, de Du Wan (XIIème siècle), décrit 116 variétés de pierres…

Les socles qui supportent les pierres dressées sont le plus souvent de forme carrée. Ils montrent les motifs de nuées surmontés de ceux d'une mer en fusion dans ses remous figés ; plus haut, les nuages du ciel et les dragons, survolés de grues aux ailes déployées : le socle est l'image de la terre dans ses commencements.

Le dragon

Dragon de mer, c'est le dragon bondissant.
Dragon des nuages, dragon volant.
Dragon de la pluie qui tombe, dragon planant.
Dragon souterrain, dragon caché.
Dragon affleurant la surface du sol, dragon dans les champs.
Dans la course des rivières et des fleuves, dragons visibles.

Le dragon, symbole de l'empereur, incarne la course et la danse du principe vital en ses multiples et changeantes manifestations. Il est expression de la structure de la matière, expression des mouvements de l'atmosphère, expression du plissement des montagnes, expression du cours des fleuves. Favorable, il file droit, bondit ou zigzague ; défavorable il est faible, craintif, reculant, malade, voire mortel.

La grue

La grue est la monture favorite des Immortels, avec le daim, et suggère l'envol vers les îles du Paradis.

La tortue

La tortue porte le monde. Elle symbolise la Terre avec son ventre carré et le Ciel avec sa carapace ronde. Elle représente donc la réalité ultime de l'Univers. En ce sens la tortue devient symbole d'Immortalité.

On voyait dans les dessins naturels de leur carapace des signes à déchiffrer lors de rites divinatoires.

L'arbre

Comme les montagnes et les pierres dressées, l'arbre est une pointe qui touche le Ciel et par laquelle irradient les influences bénéfiques. Les nodosités du tronc et des branches " impriment " le passage du qi. Les pins, les cyprès, les thuyas, suggèrent l'Immortalité.

Les fleurs

Les fleurs ne tiennent pas une place prépondérante dans les jardins chinois. Mentionnons la fleur de prunier, un motif souvent associé à la craquelure de glace. Le prunier est le premier arbre à fleurir dans l'année, avant même que ses feuilles se soient développées. On dit que sa floraison est d'autant plus belle que la plante a subi les rigueurs de l'hiver. Il représente l'hiver. 

Le bambou

Le bambou, droit et creux est à l'image de l'homme droit et modeste (un " cœur vide " est signe de modestie). Il est toujours vert, inaltérable, image d'Immortalité.

Le pin, le bambou et la fleur de prunus sont les trois amis fidèles de la saison froide.

Le mur

Le mur d'enceinte délimite et sacralise l'espace qu'il enserre, il " noue " le lieu habité par une puissance spirituelle, en situation d'extra-territorialité, échappant à la corruption environnante et à l'usure du temps. Le mur d'enceinte empêche les influences néfastes de pénétrer et les influences bénéfiques de se disperser. Le mur peut être symbolisé par une corde ou une haie d'arbres. 

A l'intérieur des jardins les murs sont le plus souvent de couleur blanche, pour mieux refléter la lumière de la lune ou, comme le papier du peintre, pour servir de toile de fonds à un bosquet ou une composition de pierres. Le faîtage des murs est souvent ondulé en "dos de dragon".

La galerie

La galerie escalade le flanc de la montagne, descend vers le plan d'eau, serpente et ondule, se brise et crée des espaces d'illusion infinie. La galerie est un élément hybride : espace couvert, délimité par des piliers, des murets, elle est également ouverte vers l'extérieur et, par sa fonction d'extension du domaine bâti, elle est le symbole même de la fluidité de l'espace. La galerie est le lien organique entre l'habitat et le jardin, comme l'architecture est le lien avec le paysage.

Le pavillon

Le pavillon, kiosque ou belvédère, est un lieu d'étude et de contemplation, situé à l'écart des bâtiments principaux. Il est conçu et aménagé avec autant d'esprit et de soin que les scènes sur lesquelles il donne, une source ou un bosquet, pour qu'il puisse à son tour devenir scène à contempler à partir d'un autre point d'observation. Le kiosque de la montagne n'est jamais posé sur le sommet de la composition de pierres, mais seulement sur une illusion de sommet, pour permettre de découvrir que l'espace que la montagne révèle ne s'achève pas là, qu'un autre premier plan va surgir entre l'homme et l'infini.

Le pont

Les ponts sont souvent en demi-cercle, en arc-en-ciel, ce pont qui relie la Terre au Ciel. Avec le reflet de l'eau le cercle se complète, devient Ciel. Le pont, c'est le symbole horizontal complémentaire de celui, vertical, de la pierre dressée ou du pilier d'architecture.

Bien sûr le pont a pour première fonction de relier deux rives en franchissant une rivière. Mais symboliquement, le pont est une voie resserrée, un passage obligé qui conduit vers une autre étape de la vie. Et passer d'une rive à une autre, d'un état d'être à un autre, c'est aussi couper un courant, ce qui n'est pas toujours sans risque ! 

Le chemin

Les chemins sont les compléments yang des rivières yin. Faits de petits galets ronds de rivière, de la taille d'un œuf d'oie, ou de pierres irrégulières, le dallage est la représentation d'un plan d'eau. Les motifs suggèrent toujours le mouvement, qu'ils soient d'inspiration géométrique ou florale, en forme de vagues, de craquelure de glace, d'animaux réels ou mythiques.

Craquelé

Le motif en craquelé, bien connu des amateurs de porcelaine, symbolise le moment où l'eau est en train de se transformer en glace, entre deux états, entre le fluide et le solide. Dans la structure des fenêtres le motif est plus lâche en haut et plus resserré en bas. Outre le caractère esthétique, la partie haute laisse passer davantage de lumière.

Zigzag

Les ponts, chemins et galeries en zigzag rappellent au promeneur qu'il doit être vigilant dans sa progression et ne pas céder aux tentations que figurent les certitudes ou points de vue. Les brisures sont comparables à des nœuds ou des articulations, symboles de la voie et de ses épreuves.

La calebasse

Il existe de nombreuses légendes qui font intervenir une calebasse, un vase ou une gourde. Toutes sont des variantes d'un même thème : le héros devient minuscule au point de pouvoir passer par le goulot de l'objet et plonger à l'intérieur, où il découvre un jardin paradisiaque. Ces légendes suggèrent que même à l'intérieur d'un jardin minuscule il est possible de retrouver l'univers tout entier.

L'octogone

L'octogone symbolise le passage du Ciel, circulaire, à la Terre, carrée.

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