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Comment la télévision évoque une délégation officielle…

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Comment la télévision évoque une délégation officielle… 2018-05-30T17:17:37+00:00

Tutti frutti
Comment la télévision évoque une délégation officielle…
ou le coup du chapeau…

Le dimanche 17 juillet 2005, le journal de 19:30 de la Télévision suisse romande (TSR) diffuse un reportage sur la visite que M. le conseil fédéral Joseph DEISS a effectué en Chine du 12 au 19 juillet 2005 (SinOptic ayant suivi cette délégation de bout en bout, nous étions donc aux premières loges…).
En voici le texte et quelques images (cliquer pour agrandir) des trente premières secondes :

Commentaire 19:30 Remarques
TJ 19:30 [David RIHS, présentateur] Pour Joseph DEISS, les entreprises suisses doivent tirer parti de la mondialisation et des délocalisations. Toujours en Chine, le conseiller fédéral a visité les entreprises suisses implantées dans le Silicon Valley chinois. Voici le reportage sur place d’Anthony Dufour. Le reportage est réalisé par un cameraman et un journaliste, résidant en Chine. Le 16 juillet 2005, ils suivent la délégation conduite par M. DEISS lors de son étape de Suzhou, et ce jour-là seulement. Il s’agit d’un personnel extérieur à la TSR.

M. Anthony Dufour ne se trouve pas « sur place ». Le commentaire est ajouté par une personne qui n’a pas participé à cette délégation.

M. et Mme DEISS à l'aéroport de Shanghai Une visite officielle en Chine, cela commence toujours comme ça :
La délégation à Suzhou long cortège de voitures noires, Cette affirmation est imprécise.

Le traitement d’une délégation en visite officielle en Chine est étroitement liée au rang et au statut des visiteurs, ainsi qu’aux endroits où l’on est reçu. Ainsi, le « cortège de voitures noires », avec escorte de police, était visible à Suzhou, le 16, et à Shanghai, le 18. Ce n’était pas le cas à Beijing les 14 et 15 juillet.

Lors de la visite présidentielle de M. COUCHEPIN en 2003, cet accompagnement était constant. Pour M. DEISS, il a été mis en place au rang des villes visitées seulement, mais pas dans la capitale.

Déjeuner avec les responsables de la Nouvelle zone économique de Suzhou banquet avec les officiels du Parti où l’on doit porter de nombreux toasts Les images sélectionnées ont été tournées lors du déjeuner offert par la Nouvelle zone de développement économique de Suzhou ce même 16 juillet. Les personnes qui entourent le conseiller fédéral sont les responsables de cette zone, ainsi qu’un représentant du Bureau des affaires étrangères de la Municipalité de Suzhou.

Il s’agit d’une rencontre économique, et non d’une entrevue politique. Les personnalités chinoises présentes sont-elles membres du Parti ? C’est possible, même probable. Mais qui peut le dire avec certitude ?

A signaler que la seule rencontre « politique » du jour a eu lieu plus tard. M. ZHOU Weiqiang, vice-maire de Suzhou, a reçu la délégation suisse pour une brève entrevue, suivie d’un repas. A ce moment-là, l’équipe de tv avait regagné Shanghai.

Enfin, le nombre de toasts a été très limité. Cette pratique fait d’ailleurs partie de tout banquet et même souvent de bien des repas amicaux. Pour les Chinois, elle sert surtout à souhaiter pleine réussite aux visiteurs et que les relations d’amitié se développent.

M. DEISS s'adresse à l'auditoire lors du déjeuner offert par la Nouvelle zone économique et discours où l’on fait bien attention de ne froisser personne.

[M. DEISS] « Et je suis convaincu que les entreprises suisses établies ici travaillent autant pour le progrès économique de la Chine que de celui de la Suisse. »

Ensuite, il s’agit d’aller vérifier sur le terrain.

Une phrase est sortie de la brève allocution que le chef du Département fédéral de l’économie à adresser à ses interlocuteurs chinois. Qu’a-t-il dit d’autres ? « Froisser » fait-il partie de la civilité qu’un visiteur doit exercer lors d’une visite officielle ?
[La suite du reportage est consacrée aux visites de deux entreprises suisses installées à Suzhou] Il y a une petite bulle dans l’ordre des visites. La délégation s’est d’abord rendue chez MFN puis chez Logitech. Le reportage montre d’abord les images de la deuxième, avant la première. Mais, dans les dernières images du sujet, les véhicules quittent MFN pour sortir par la grande porte de Logitech…

Ces quelques phrases initiales, ce chapeau, donnent une curieuse imprécision. Les visites officielles ne sont-elles, somme tout, que de la poudre aux yeux jetée à des visiteurs naïfs et complaisants. En optant dès le départ pour un ton quelque peu ironique à l’égard de cette mission, c’est l’utilité de celle-ci qui se trouve mise en cause. La sélection des termes et des images, souvent nullement en rapport avec les faits, permet-elle aux téléspectateurs de se faire une idée à peu près correcte de la semaine chinoise vécue par M. DEISS et de ses buts ?

La TSR met l’accent sur la question des délocalisations – dans son site web, le titre du sujet est : « Joseph Deiss rend visite aux entreprises suisses délocalisées en Chine ». De manière diffuse, la crainte de perdre des emplois en Suisse est perceptible dans ce reportage, lequel contribue à renforcer la peur malgré les brèves explications fournies par M. DEISS au cours du sujet…

La TSR n’a pas consacré d’autres reportages pour évoquer le reste de la visite, par exemple les entretiens à haut niveau qui se sont déroulés à Beijing et à Shanghai. Pourquoi un pareil désintérêt ? Parce que cela n’en vaut pas la peine ou parce que l’été les rédactions sont un peu désertées… A la notable exception de l’Agence télégraphique suisse (ATS) qui avait dépêché une envoyée spéciale, la presse romande a boudé le déplacement du chef du DFE.

On reste ainsi à la surface des choses… tout en donnant ainsi l’illusion de les avoir comprises. Or, ces délégations officielles remplissent plusieurs fonctions essentielles. En plus de soutenir les efforts entrepris par notre pays en Chine, qu’ils soient politiques, économiques, culturels, éducatifs, etc., elles constituent une occasion privilégiée pour évaluer la qualité des relations bilatérales, ainsi que pour aborder les problèmes constatés. Qui plus est, – M. DEISS l’a dit à plusieurs reprises -, il s’agit aussi d’être en contacts réguliers avec les dirigeants de la RPC. Dans notre pays, comme ailleurs, on méconnaît la classe dirigeante chinoise. Quels sont les membres du gouvernement ? Leurs parcours politiques ? La représentation de leur rôle ? Leur conception du développement de la RPC ?

Bref, à plus d’un titre, ces délégations se justifient pleinement.

Pour celles et ceux qui souhaitent se faire une idée un peu plus précise de la semaine chinoise de M. DEISS, notre compte rendu est à leur disposition.